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Juan Moreira : Jim Bowie de la Pampa.


Pratiquement inconnu dans nos contrées, Juan Moreira est pourtant un personnage incontournable de l’histoire populaire argentine.
Comme dans le cas de Jim Bowie, nous sommes ici en face d’un homme dont la vie et les actes réels se confondent avec la légende.

Mais les similarités ne s’arrêtent pas là…
Tous deux étaient connus pour être des combattants redoutables et leur habilité respective dans l’usage des armes blanches a largement contribué à leur légende, autant de leur vivant qu’après leur mort…
Ironie du sort, tous les deux sont d’ailleurs mort de la même façon : Bowie à eu le cœur transpercé par les baïonnettes des soldats mexicains pendant le siège de Fort Alamo et Moreira reçu un coup de baïonette dans le dos, qui lui transperça le poumon gauche, pendant qu’il essayait de s’enfuir après une altercation avec la police argentine.
Les jours heureux.

Avant de tomber, contre sa volonté, dans l’illégalité, Moreira avait une vie tout ce qu’il y a de plus « normale » pour l’Argentine de cette époque (19° siècle).

Né dans la région de La Matanza, dans les environs de Buenos Aires, Moreira débute sa vie en travaillant dans différentes exploitations agricoles de la région jusqu’à ce qu’il ait économisé suffisamment de pesos pour s’acheter un ranch, des terres et un peu de bétail.

Contrairement à ses autres amis Gauchos, Juan n’est pas très attiré par l’alcool et le jeu, qui étaient les principales occupations des hommes de l’époque.
Il préfère, de son coté, perfectionner son talent pour la guitare.

Ses talents de guitariste plurent à Vincenta, la fille d’un notable local, ils tombèrent amoureux et finirent par se marier.

Dans un pays aussi macho que l’Argentine, les jolies femmes attisent les envies, et le Maire de la région, Don Francisco, se serait bien vu, lui aussi, au bras de la charmante Vincenta…
Le Don n’étant pas du genre à abandonner facilement, et il n’eut de cesse de rendre la vie de Moreira insupportable.
Les ennuis commencèrent dès le mariage de Juan et Vincenta, en guise de cadeau de mariage, Francisco leur envoya une amende pour avoir organisé la fête sans son autorisation.

C’est un autre personnage, un marchand de la région nommé Sardetti, qui précipita les ennuis de Moreira.
Moreira avait prêté à Sardetti l’équivalent de 10.000 pesos pour acheter des marchandises.
Comme Sardetti restait sourd à ses demandes de remboursement, Moreira se tourna vers Don Francisco pour que celui-ci force Sardetti à honorer ses dettes.

Comme il était de coutume à l’époque, le prêt avait été conclu sur base de la parole donnée et aucun papier signé n’était là pour étayer les dires de Moreira.
Sardetti démentit les accusations de Moreira et jura ses grands dieux ne jamais avoir reçu un seul peso de sa part.
Don Francisco profita de l’aubaine pour condamner Moreira à 48 heures de prison pour tentative d’escroquerie.

Fou de rage et d’humiliation, Moreira promit à Sardetti un coup de Facon (1) pour chaque peso qu’il lui devait…

La chute.

Comme on pouvait s’en douter, Moreira tenu parole et tua Sardetti lors d’un duel au couteau dans le magasin de celui-ci.
Alors qu’il retournait chez lui, le soir même, Moreira se retrouva face à Don Francisco et quatre de ses soldats l’attendant sur le pas de sa porte pour l’arrêter.
Il tua Don Francisco et deux soldats avant de s’enfuir et de plonger, à jamais, de l’autre côté de la loi.

La réputation de Moreira et son habileté à manier le Facon lui attirèrent de nombreux ennemis, autant parmi les forces de la police que parmi les autres Gauchos qui le provoquaient régulièrement, espérant se couvrir de gloire en battant celui qui était considéré comme le plus dangereux duelliste de son époque.
Tous en furent pour leurs frais…

Pendant cette période Moreira deviendra également le « garde du corps » de plusieurs personnalités politiques, qui lui promirent d’effacer ses ennuis avec la justice en échange de sa protection et des voix qu’un homme aussi populaire pouvait leur ramener (2).
Evidemment, aucun d’entre eux ne tint jamais parole.

En avril 1874, Mariano Acosta, le gouverneur de la province de Buenos Aires, décida de mettre un terme à la carrière de Moreira, dont la popularité commençait à devenir un danger pour le pouvoir en place.
Toute une équipe de la police de Buenos Aires, dirigée par le commandant Bosch, fit donc le chemin jusqu’à la région de Lobos ou se cachait le Gaucho.

Le 30 avril 1874, ils finissent par le localiser dans une pulperia (3) nommée La Estrella.
Acculé, Moreira vendit chèrement sa peau et fut même à deux doigts de s’échapper après avoir tué plusieurs policiers.
Pendant qu’il essayait d’escalader un mur pour s’enfuir, le Sergent Chimino, planqué dans un recoin surgit derrière Moreira et lui enfonça sa baïonnette dans le dos.
Cet acte « courageux » couta à Chimino un œil et 4 doigts, quand Moreira se retourna et lui vida son pistolet dans le visage.
Moreira trouva encore la force de blesser gravement un autre policier avant de succomber à ses blessures.

A la lecture de ces événements, on comprend mieux pourquoi Juan Moreira est devenu un personnage aussi important dans la culture de la classe populaire argentine.
Lui dont la vie semble être l’archétype du traitement injuste réservé aux Gauchos de l’époque, et plus largement, des abus dont sont victimes les pauvres gens de la part des puissants

Quelques années à peine après sa mort, l’écrivain Eduardo Guiterez s’empare de son histoire et en tire un roman qui est diffusé, sous forme de feuilleton, dans les journaux à grands tirages de l’époque.
Sa vie fera aussi l’objet d’une multitude de pantomimes et de pièces de théâtre, dès 1884.

Plusieurs films seront également tirés de son histoire, dont le premier fut tourné en 1913.La dernière adaptation date de 1972, avec l’acteur argentin Rodolfo Bebán dans le rôle titre



Derrière la légende.

Comme pour tous les personnages passés dans la légende, il est difficile de démêler le vrai du faux, le véridique du romancé et de se faire une idée réelle de la véritable personnalité de Juan Moreira.
Cependant, à travers les faits documentés que j’ai pu rassembler, certain traits de caractère apparaissent clairement.

On attribue à Moreira au moins 16 meurtres dont 9 commis à l’aide son Facon.
A cela il faut ajouter les dizaines de combattants qu’il blessa, plus ou moins gravement, lors de « duels d’honneur ».
On peut donc en déduire que Moreira était un combattant exceptionnel, surtout quand on sait que la plupart de ces combat l’opposaient à plusieurs adversaires simultanés.
Cependant, comme nous le savons tous, à un tel niveau l’habileté seule ne peut plus suffire.

Mon impression est qu’au-delà de son habileté et de son courage, Moreira était avant tout un homme pragmatique et surtout aguerri au fait de donner la mort.

Le récit de certains de ses (mé)faits ne laisse d’ailleurs aucun doute quant à sa détermination et à sa férocité dans le combat :

« … Veintinueve puñaladas asestadas en distintas partes del cuerpo del asesinado Córdoba delatan la ferocidad del ataque y del atacante. Ese fue el principio del fin. Allí Juan Moreira comienza su camino desenfrenado de huidas, marginalidad y violencia… » (4)

«… 29 coups de couteau assénés sur différentes parties du corps de (l’assassiné) Cordoba dénoncent la férocité de l’attaque et de l’agresseur. C’était le début de la fin. Là où Juan Moreira commence son chemin effréné de fuites, de marginalité et de violence… »

Cette impression est également confirmée par les caractéristiques de son Facon, toujours conservé au musée Juan Domingo Perón de Lobos, près de Buenos Aires :


La première chose qui m’a intrigué, outre sa taille inhabituellement longue (environ 60 cm), c’est sa garde en forme de « U ».
Traditionnellement, les Facons ne présentent que très rarement une garde, et celle-ci est généralement constituée d’une simple barre métallique formant un « T » avec la poignée.

Il semblerait que Moreira ait fait expressément modifier la garde de son Facon pour que celui-ci soit à même de bloquer plus efficacement les lames de ses adversaires.
D’ailleurs la ressemblance avec ce genre d’armes (dont les fonctions sont similaires) est assez flagrante, et pourtant je doute que ce bon Juan ait eu l’occasion d’échanger des idées avec un Ninja via MSN :


Comme quoi, les bonnes idées ne connaissent pas de frontières, ni dans le temps, ni dans l’espace…

Cette « customisation » montre que nous sommes bien en présence de quelqu’un qui non seulement est habile d’un point de vue physique, mais qui réfléchit aux meilleures options et n’hésite pas à modifier ses « outils » afin de les rendre plus performant.
Une peu comme Jim Bowie modifia son couteau jusqu’à lui donner la forme caractéristique qui porte maintenant son nom.

Les Gauchos du 19° siècle argentin étaient, en bien des points, semblables à leurs homologues Cow-Boys américains.
L’alcool, le jeu, le vol et les bagarres sanglantes qui s’en suivent étaient très fréquentes à l’époque…
De plus, le caractère sud-américain étant ce qu’il est, les « duels d’honneur » étaient également monnaie courante.

D’ailleurs, Charles Darwin, qui visita l’Uruguay et l’Argentine en 1830, fut horrifié par ce penchant, typiquement argentin, pour le duel au couteau :

« The Gauchos, or countrymen, are very superior to those who reside in the towns. The Gaucho is invariably most obliging, polite, and hospitable: I did not meet with even one instance of rudeness or inhospitality. He is modest, both respecting himself and country, but at the same time a spirited, bold fellow. On the other hand, many robberies are committed, and there is much bloodshed: the habit of constantly wearing the knife is the chief cause of the latter. It is lamentable to hear how many lives are lost in trifling quarrels. In fighting, each party tries to mark the face of his adversary by slashing his nose or eyes; as is often attested by deep and horrid-looking scars. » (5)

“Les Gauchos, où "hommes des plaines", sont bien supérieurs aux citadins. Le Gaucho est invariablement plus obligeant, plus poli et plus hospitalier : Je n’ai jamais pu déceler la plus petite marque d’impolitesse ou d’inhospitalité.
Il est modeste, respectueux de lui-même et de la terre, tout en étant vif et audacieux.
D’un autre côté, de nombreux vols sont commis et beaucoup de sang est versé : l’habitude de constamment porter un couteau en est la cause principale.
Il est lamentable d’entendre le nombre de vies perdues dans des disputes insignifiantes.
Dans un combat, chaque partie cherche à marquer le visage de l’adversaire en coupant son nez ou ses yeux, ce fait est souvent attesté par d’horribles et profondes cicatrices »

Par contre, contrairement aux Cow-Boys, les Gauchos de l’époque ne semblaient pas être des fanas d’armes à feu.
Ceci s’explique par la conjonction de différents facteurs :

Tout d’abord les armes à feu, dans les années 1800, de même que les munitions, étaient très chères et très peu disponibles, ce qui limitait l’accès à ce type d’armes pour de pauvres Gauchos

Amérique du Sud oblige, les Gauchos avaient un sens de l’honneur démesuré et le moindre petit manque de respect avait souvent pour conséquence de faire sortir les Facons de leurs étuis.
La plupart du temps, le combat s’arrêtait au « premier sang », le but étant de préserver son honneur et pas forcément de tuer son adversaire (même si, vu la violence des engagements, les morts n’étaient pas rares non plus).
Dans ce cadre, la lame est une arme bien plus intéressante qu’une arme à feu dont les effets sont généralement plus « définitifs ».
De plus, dans l’imaginaire collectif de l’époque, le fait de tirer sur un homme armé d’un couteau était considéré comme un acte déshonorable et comme le signe d’une grande lâcheté.

Ô Tempora, o mores…

Il faut aussi comprendre que beaucoup des combats éclataient dans les pulperias, et dans un environnement confiné comme celui-là, une lame de 30, 40 cm ou plus est une arme extrêmement efficace dans les mains de quelqu’un de déterminé, peut-être même d’avantage que les armes à feu disponibles à l’époque.

Cela dit, il est prouvé que Moreira (du moins sur la fin de sa vie quand il était constamment traqué par la police et l’armée), en homme prévoyant et pragmatique, portait sur lui en permanence deux pistolets mono-coup chargés.
Le Sergent Chimino garda d’ailleurs un cuisant souvenir de ces pistolets.

Autre preuve de l’esprit pragmatique de Moreira : connaissant le manque de fiabilité des armes de l’époque, il prit rapidement l’habitude de tirer au niveau du visage de ses adversaires, là ou la probabilité de faire de gros dégâts est la plus élevée (comme dirait l’autre : « Vision, Respiration, Mobilité » …).


On se rend donc bien compte qu’en analysant les faits, on s’éloigne peu à peu de l’image romantique du héros populaire.
Au lieu de ça, apparait l’image d’un homme inventif, déterminé et surtout terriblement habile dans l’art du combat.
Le « palmarès » de Moreira est d’ailleurs une preuve éloquente de cette terrifiante habilité.


Cependant, au-delà de cette habilité technique et physique, je pense que c’est surtout sa préparation mentale au combat qui lui donnait un énorme avantage :
Les modifications apportées à son Facon, le choix et la façon de porter ses armes ainsi que le fait qu’il dormait le plus souvent dans la Pampa seul avec son chien (une alarme anti-intrusion sur pattes en quelques sortes) et son cheval toujours sellé, … tous ces faits sont autant de preuves de ce que l’on appellerait aujourd’hui l’esprit « tactique » de Moreira.

Au final, la vie de Moreira est une belle illustration de la fameuse « survival pyramid » de John Lofty Wiseman :


Kit (Equipement)
Skills (Capacités)
Tactics (Tactique)
Mindset (Etat d’esprit)



Peace,

Rico


(1) Du portugais Faca (Couteau) le Facon (littéralement « grand couteau ») est un couteau traditionnel argentin et l’emblème du Gaucho. Traditionnellement la lame d’un Facon mesure entre 30 et 45cm. Quelques beaux exemples ici : http://www.origencrafts.com.ar/plateros.htm
(2) Même si cela peut sembler étonnant cette pratique, consistant à louer les services de hors-la-loi célèbres, est très ancienne et fut pratiquée dans de nombreux pays… le film « Gangs of New-York » aborde d’ailleurs cette thématique.
(3) Les pulperias étaient des établissements regroupant les fonctions de saloon, de magasin, (parfois) d’hotel et (souvent) de bordel où se retrouvaient les gauchos. L’équivalent sud-américain des saloons du Far West.

L’effet « Et si … » ou la théorie des 12 Ninjas.

Si il y a deux mots que tous les enseignants de Self-défense / Protection Personnelle ont entendu des milliers de fois, ce sont ceux-ci : « Et si … ».

Et si les agresseurs sont à deux ?

Et si ils sont armés ?

Et si je suis accompagné de quelqu’un qui ne peut pas se défendre ?

Et si j’ai une jambe dans le plâtre ?

Etc…

En ce qui nous concerne, à l’ACDS Belgique, nous utilisons une réponse toute faite, qui est en fait une autre question : « Et si ils sont 12, tous des ninjas armés d’AK47 et qu’ils m’attaquent par derrière, de nuit, au fond d’une ruelle sans issue ?? »

Le fait est qu’on peut toujours rajouter une difficulté ou une variable.

Et dans le meilleur des cas, on peut même y trouver une solution technique qui, sur le papier ou dans la chaleur du dojo, sera imparable.
A un moment ou l’autre de son parcours, je pense que tout le monde se pose ce genre de questions… ce qui est tout à fait naturel, sain et même parfois utile.

Ou ça devient nettement moins sain et même carrément inutile, c’est quand, pour répondre à ce questionnement, on commence à multiplier les « techniques spéciales » et, ce faisant, à faire gonfler le curriculum « technique ».

Ce « raffinement » peut, à priori, être considéré comme le signe de la « richesse » d’un système de combat (Ouah ! y a plein de solutions pour tous les problèmes qui peuvent arriver), mais au final, cela s’apparente surtout à une course sans fin…

On peut consacrer sa vie entière à l’étude de la self, on n’embrassera jamais la totalité des situations qui peuvent se présenter quand on à réellement à défendre son intégrité physique.
Sans même parler du fait (scientifiquement observé depuis longtemps) que dans une situation de stress intense, le temps de réaction est proportionnel au nombre de techniques présentes dans la « boîte à outils » (autrement dit, plus vous avez assimilé de techniques différentes, plus vous mettrez du temps à choisir LA technique appropriée à la situation)

Que faire, alors ??
On laisse tomber l’étude de la self ?
Vu que de toute façon, la situation que j’aurai face à moi le jour J sera différente de ce que j’ai fait au dojo et que mes techniques ultra-spécifiques ne s’appliqueront pas…
Ou alors, dois-je encore essayer d’assimiler plus de techniques pour pouvoir répondre à plus de situations ?

Notre solution (qui, selon l’adage, n’est ni la bonne, ni la mauvaise) est différente : envisager le problème de façon globale et baser notre enseignement non pas sur un apprentissage « technique » mais sur un apprentissage « conceptuel ».

Un exemple tout bête pour illustrer le propos : les « techniques » contre un étranglement de face.

Dans certains styles de SD (pourtant réputés comme « sérieux ») on dénombre pas moins de 4 « techniques » différentes pour cette situation, selon que l’agresseur à les bras tendus ou non, qu’il pousse ou qu’il tire.

En effet, ces variables vont avoir une importance et il faudra en tenir compte pour délivrer une réponse physique efficace.


Cependant, se focaliser sur ce qui change (donc le fait que l’agresseur a les bras tendus ou non, qu’il pousse ou qu’il tire, etc…) est un parti-pris qui n’est pas forcément le plus rentable.
A notre niveau, nous préférons nous concentrer sur ce qui est commun à toutes les variations imaginables et ainsi dégager les principes, les concepts, qui sous-tendent ces actions.


Si on reprend l’exemple de l’étranglement de face : quelle que soit la situation et les variables qui la composent, il y a au moins un point commun : l’agresseur tente de m’empêcher de respirer en bloquant mes voies respiratoires.
C’est CA qui est dangereux pour mon intégrité physique, pas qu’il le fasse en poussant, en tirant, à genou ou à vélo.

Très bien, me direz-vous, mais mis à part le réconfort de savoir exactement pourquoi je vais mourir, quel est l’intérêt de cette réflexion pour ma sécurité personnelle ?


L’intérêt, c’est que cette façon de réfléchir permet de se concentrer sur l’essentiel et non pas sur l’accessoire.
Ce qui est essentiel pour moi quand je me fais étrangler, c’est de dégager les voies respiratoires, de garder l’équilibre et de contre-attaquer mon agresseur de façon suffisamment dure pour qu’il ne remette pas ses mains sur ma gorge dès que je me suis dégagé.
Que mon agresseur ait les bras tendus, un pied-bot ou un nez rouge et des grandes chaussures, c’est accessoire.
Même la façon dont je vais m’y prendre (donc quelle technique je vais appliquer) est bien moins importante que le but que je poursuis…

Je vais utiliser les outils de base que j’ai à ma disposition et les adapter continuellement à la situation que j’ai en face de moi, ainsi qu’à ses évolutions possibles, en improvisant une réponse qui me permettra d’atteindre mon but (dégager les voies respiratoires et contre-attaquer tout en gardant mon équilibre).

C’est cette façon de penser qui nous permet de couvrir un éventail de situations très étendu avec un nombre de « techniques » très restreint, et par la même de passer plus de temps à travailler ces techniques et à peaufiner leur exécution.

Cela permet également, selon nous, d’avoir une plus grande réactivité dans l’action et de ne pas rester piégé dans un canevas technique rigide qui tiendra rarement la route une fois que la situation tourne au vinaigre.

Pour faire une analogie avec la musique : la self n’est pas une symphonie où on suit une partition à la lettre…la self, c’est du jazz : quelques notes de base et de l’improvisation.


Peace,


Rico.

La sécurité personnelle dans les grands événements

Ce week-end (06/09/08), avait lieu dans ma bonne ville de Liège, la désormais célèbre « City-Parade ».
Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un immense défilé de chars qui sillonnent la ville au son de musiques électroniques.

Près de 200.000 personnes s’étaient donné rendez-vous à Liège, ce samedi, pour ce qui est rapidement devenu un des événements les plus attendus de l’année.
La foule était énorme sur l’entièreté du parcours des chars, le long des quais de la Meuse, et le public était, évidemment, surexcité.

Même si l’événement est festif, et que le public est avant tout là pour s’amuser, la foule, la musique, l’alcool et les drogues forment un cocktail détonnant qui peut faire basculer une situation en une fraction de seconde.
Ce genre de manifestation, en open-air et avec une foule conséquente, est bien évidemment un véritable casse-tête à organiser et surtout à encadrer pour tous les services impliqués (autorités de la ville, organisateurs, police, pompiers, croix-rouge, etc…).
L’organisation d’un tel événement se prépare des mois à l’avance en essayant d’envisager tous les scénarios possibles et en tenant compte d’une foule de paramètres.

Au niveau individuel également, assurer sa sécurité personnelle dans ce type d’événement ne s’improvise pas.
Encore une fois, le but de cet article n’est pas de vous expliquer de manière ferme et définitive quelle est LA marche à suivre, mais plutôt de vous donner certaines pistes de réflexion afin que vous puissiez déterminer vous-même les précautions à prendre dans ce type d’événements spécifiques.


1. Ayez un plan (au propre comme au figuré…)


Si vous ne connaissez pas l’endroit ou se tient l’événement, débrouillez-vous pour obtenir un plan de l’endroit et de ses environs.Dans la plupart des cas, une petite recherche sur un site spécialisé comme Google Maps vous donnera une idée suffisamment précise de la topographie des lieux.

Personnalisez ensuite votre carte en y incluant des points de repères (généralement, des bâtiments visibles de loin comme des églises, des cathédrales ou des buildings facilement reconnaissables).
Définissez également avec la(es) personne(s) qui vous accompagne(nt) un ou plusieurs lieux de rendez-vous, qui vous permettront de vous retrouver facilement si vous êtes séparés dans la foule, pour une raison ou une autre.

Si l’événement auquel vous voulez assister se tient dans un endroit fermé (concert p. ex.), le même raisonnement s’applique : procurez-vous un plan de la salle (généralement les grosses salles de concert disposent de sites web ou vous pourrez trouver au minimum un plan sommaire de l’endroit, il se peut même qu’un petit plan figure sur le ticket de réservation) et définissez un ou plusieurs points de rendez-vous.
Pensez également à noter l’emplacement des sorties de secours, ainsi que le chemin à parcourir pour arriver à celle qui sera la plus proche de votre place.
En général, dans le sens de la sortie, toutes les portes que vous rencontrerez s’ouvriront en les poussant, la plupart seront même équipée de « panic-bar » qui garantit l’ouverture de la porte en cas de poussée.
Il existe cependant un petit truc tout simple pour savoir à l’avance si une porte s’ouvre en tirant ou en poussant : il suffit d’observer les charnières, si elles sont visibles, la porte s’ouvre en tirant vers soi, si elles sont cachées la porte s’ouvre en poussant.
Ce genre de précautions peut sembler inutile, il n’est pourtant pas rare de constater que des personnes sont mortes, brûlées étouffées ou piétinées lors de catastrophes, parce qu’elles essayaient désespérément de pousser une porte qu’il suffisait de tirer.


2. Sachez à quoi vous attendre.

Un festival de Death Metal n’est pas comparable à un récital de musique classique.
Le public, l’ambiance et les « codes » sont extrêmement différents : si, dans un concert de musique classique, la personne qui vous bouscule, même légèrement, prendra probablement la peine de s’excuser, il ne faudra pas vous attendre à recevoir des excuses de la part d’un Punk pogotteur qui aura renversé sa bière sur votre smoking.
Il faut tout simplement comprendre, et accepter, que ces deux réactions sont « normales » si on se réfère à leur contexte et aux codes qui y sont en vigueur.

Si vous ne supportez pas la promiscuité, si vous avez une sainte horreur qu’on vous touche et si vous insistez pour que les autres respectent scrupuleusement votre espace intime, autant vous le dire tout de suite, vous risquez de passer un TRES mauvais moment dans un événement du type de la City-Parade.

Tenez également compte des spécificités de l’événement auquel vous participez.
Dans l’exemple de la City-Parade, ce n’est pas un secret, la consommation d’alcool et de drogues diverses (principalement du Cannabis et de l’XTC ainsi que leurs dérivés) y est assez courante.
Vous risquez donc de vous retrouver face à des individus dont les réactions sont rendues imprévisibles par ces substances.
Savoir repérer, et surtout éviter, les individus trop chargés est aussi un moyen d’assurer sa tranquillité.

Un autre exemple qui m’a frappé lors de cette édition : chaque char possède son propre « sound system » qui crache plusieurs milliers de watts, inutile de vous dire que quand on se retrouve coincé à côté des baffles, on en ressort comme Beethoven sur la fin de sa vie.
Cette année, j’ai remarqué que pas mal de participants s’étaient munis de petits « ear-plugs »
, comme ceux utilisés par le personnel des aéroports… un truc à mettre sur ma liste pour l’année prochaine…


Analysez la situation, de façon honnête, en vous basant sur des éléments tangibles (par exemple des comptes-rendus d’édition précédente, des témoignages de connaissances ayant déjà participé à ce type d’événement, etc…) et décidez en fonction de cela si vous avez envie, où non, de participer à l’événement en question.

Au-delà de l’événement, il est bon aussi de s’avoir à quoi s’attendre de la part des personnes qui vous accompagnent.
Demandez-vous intérieurement « Et si il se passait quelque chose, comment est-ce que X réagirait ? ».
Est-ce que Untel à tendance à picoler plus que de raison ? Est-ce qu’un autre à tendance à démarrer au premier regard de travers ? Si quelque chose devait arriver pourrais-je compter sur eux ?
Dans l’absolu, et même si c’est parfois socialement difficile, on ne devrait jamais hésiter à refuser la compagnie de quelqu’un qu’on ne « sent pas ».


3. Le matériel et la tenue.

La durée de l’événement est une des premières choses dont il faille tenir compte.
Entre l’opening party, le cortège et la soirée de clôture, la City Parade s’étend sur plusieurs heures, ou il va falloir pas mal marcher et, pour les plus courageux, se trémousser au son des D.J.’s.
Il y a donc intérêt à porter une tenue (y compris des chaussures) plutôt confortable, bien ventilée et qui permette de se mouvoir sans restriction.

Le conditions climatiques sont aussi un facteur crucial, le temps en Belgique étant des plus changeant (généralement ça va de « léger crachin » à « trombes d’eau »), emporter une casquette, une petite veste de type softshell ou k-way peut s’avérer payant, au pire un petit poncho pliable peut aussi vous éviter la pneumonie.

Passons maintenant au matériel…

De quoi pourriez-vous avoir besoin durant une journée de ce type ?
C’est bien évidemment une réflexion qui sera propre à chacun, vu que nous avons tous des besoins spécifiques différents.
Cependant, je pense qu’il y a un certain nombre de must-have dont on peut difficilement se passer.

La première chose à emporter, selon moi, est un téléphone portable en état de marche et complètement chargé.
Pas très original, mais très embêtant quand on l’oublie sur la table du salon ou que la batterie vous lâche en plein milieu de la journée.
Et, tant que vous y êtes, pensez à programmer le N° d’appel d’urgence 112 (qui marche dans toute l’Europe) sur une touche d’appel direct, au cas ou vous seriez victime ou témoin d’un accident ou d’une agression.

Du cash (billet ET pièces) en suffisance, répartis dans différents endroits…
Si vous ne voulez pas vous retrouver à faire la manche, ne comptez pas sur le fonctionnement ni (surtout) sur l’approvisionnement suffisant des distributeurs automatiques de billet, quand 200.000 personnes envahissent une ville de taille moyenne, au début d’un week-end.

Je pense aussi qu’une petite lampe « tactique » (Inova, Nitecore, Surefire…) peut avoir son intérêt à différents niveaux…

Un autre point indispensable pour moi : un kit de premier soin, même rudimentaire.
Evidemment, les services d’urgence sont présents en nombre et ils sont mieux formés que vous (à moins que vous n’en fassiez partie) mais intervenir au beau milieu d’une foule n’est pas une chose facile, ne serait-ce que parce qu’il faut se frayer un passage jusqu’au lieu d’intervention.
Or, dans certains cas, ces quelques minutes supplémentaires, sont précisément celles qui font la différence entre arriver à l’hôpital vivant ou ne pas y arriver du tout.
Avoir sur soi de quoi arrêter une hémorragie (pansement compressif, garrot d’urgence genre Tourni-Kwik ou C.A.T., une paire de gants en latex, … ) ET être capable de s’en servir sur soi ou sur autrui, c’est à la fois augmenter ses chances de survie mais aussi potentiellement sauver la vie d’une autre personne.


4. Quand les choses tournent mal...

Je vois principalement deux grands types de risques dans ce genre d’événement :

A. Les mouvements de foule.

C’est en même temps le plus immatériel et le plus imprévisible des risques dans ce genre de manifestation.
La foule en elle-même est un danger quand, pour une raison ou une autre, elle ne se comporte plus de façon linéaire.
Il n’y a malheureusement pas grand-chose à faire quand on est pris au milieu d’un mouvement de foule, sauf éviter à tout prix de perdre l’équilibre et de tomber par terre.
Ici, la prévention est la seule arme dont on dispose, ce qui veut dire : éviter de se placer au centre de la masse et privilégier les côtés, repérer les échappatoires possibles (rues transversales, positions surélevées, … ) ainsi que les obstacles dangereux (barrières, murs, véhicules …) contre lesquels on pourrait être coincé.

Dans la catégorie « mouvement de foule », j’ajouterais également ce que j’appelle les « bastons par contagion ».
Il s’agit d’un phénomène récurent dans ce genre de configuration, ou la promiscuité physique entre les gens est importante, et dont j’ai encore été témoin lors de cette édition : une échauffourée éclate entre deux personnes et semble, comme par magie, se propager aux autres personnes se trouvant à proximité immédiate.
Entre ceux qui ont été bousculés par les protagonistes initiaux, les amis de ceux-ci, ceux qui croient que c’est à eux qu’on en a et les autres, qui en profitent pour frapper gratuitement (et souvent par derrière), ça fait un paquet de candidats, tout prêts à utiliser l’anonymat rassurant de la foule pour assouvir leurs instincts guerriers.

Dans ce genre de cas aussi, l’attention que l’on porte à son environnement, et la prévention qui en découle, sont les meilleurs garants de votre sécurité.Quoi qu’il arrive, gardez une attention « flottante » sur vos environs immédiats et soyez attentifs à toute activité « anormale » (cris, mouvements brusques, etc…), dans le doute, écartez-vous au maximum de la source de danger potentiel… même si on a souvent le (très mauvais) réflexe de se rapprocher pour mieux voir l’action.

Si malgré tout, vous vous retrouvez pris au milieu d’une rixe, votre priorité doit être avant tout de vous sortir de la zone d’affrontement le plus rapidement possible.
Combattre au milieu d’une foule est très compliqué et extrêmement aléatoire : le monde autour, le manque de repère, la difficulté de savoir « qui est avec qui » et la confusion ambiante, tout cela rend ce type de situation ingérable, même pour quelqu’un de très bien entraîné.
Protégez vous au maximum (gardez à tout moment les bras en protection au niveau de la tête), faites très attention à votre équilibre (si vous tombez ça va être encore plus dur de s’en sortir, sans compter les risques d’être piétiné en cas de mouvement de foule) et dès qu’une occasion de s’extraire de la zone se présente, saisissez la immédiatement.

B. Les agressions.

Tout rassemblement important attire son lot de prédateurs.
C’est un fait qu’il est bon de garder à l’esprit, car si l’immense majorité des participants est là pour passer un bon moment, il y a également un bon nombre de personnes qui viennent avec des buts bien moins avouables.
Un agresseur, si on exclut les cas (statistiquement très rares) d’agression gratuite, est un prédateur qui cherche à obtenir quelque chose de sa victime par la contrainte.

J’utilise le terme de « prédateur » car le comportement de ces individus est tout à fait comparable avec celui d’une meute de hyènes face à un troupeau de gnous.
Le prédateur aime la foule car celle-ci constitue un vivier de victimes potentielles, cependant il sait également que la foule est nuisible à la bonne marche de son business.
Des hyènes, même en meute, attaquent rarement au beau milieu du troupeau, par contre elles peuvent le suivre sur des kilomètres en attendant patiemment qu’un individu s’éloigne de celui-ci.

Le prédateur, animal ou humain, aime être tranquille pour exercer ses « talents », le fait d’isoler sa victime dans un endroit à l’abri des regards lui permet de bénéficier de deux avantages : l’impact psychologique sur sa victime, qui est éloigné de son « groupe » et se retrouve dans un rapport de force inversé, ainsi que l’absence de témoins gênants.

Partant de ce fait, on peut déjà tirer quelques conclusions :

La « zone de danger » ne situe pas au milieu de la foule mais dans les endroits plus isolés.
Si, dans le règne animal, les points d’eau sont souvent une zone à risque, en ce qui nous concerne, il y a aussi des endroits qui naturellement sont plus tentants pour les prédateurs : dans le cas d’un événement « urbain » comme la City parade, cela englobe les toilettes publiques, les distributeurs d’argent, les petites ruelles adjacentes au trajet, … bref, tous les endroits ou l’on est susceptible d’être séparé du groupe.

Il est souvent possible, avec un peu d’entraînement, de repérer les prédateurs à leur comportement : en général, il s’agira de petits groupes mobiles et discrets qui se tiennent légèrement en retrait de la foule et dont le comportement ne « colle » pas à l’ambiance de la manifestation (ils ne viennent pas pour « s’amuser » mais pour « travailler » et ne sont donc pas dans le même état d’esprit).
A partir de là, il suffit de se tenir loin de ce genre de groupes suspects.
Cela peut paraitre simple, voir simpliste, mais lee but d’un agresseur étant d’obtenir quelque chose, il à besoin d’être physiquement proche de sa victime pour l’obtenir.
Si on prend soin de ne pas créer cette proximité physique, l’agression n’a tout simplement pas lieu.

Il faut comprendre qu’un agresseur est un professionnel qui fonctionne selon un rapport cout/bénéfice.
Le « cout » représente l’ensemble des risques qu’il prend en attaquant sa victime et le « bénéfice » ce qu’il espère en obtenir.
Quand le rapport lui semble défavorable (donc, quand le cout lui semble supérieur au bénéfice qu’il pourrait en retirer), il va, dans l’immense majorité des cas, passer son chemin et chercher une victime qui aura un rapport cout/bénéfice plus intéressant.
Autrement dit, plus vous ressemblez à une victime en puissance, plus vous attiserez l’appétit des prédateurs que vous croiserez sur votre route.


Conclusions.

Les grands événements et la foule qu’ils rassemblent posent indéniablement des défis particuliers pour les personnes soucieuses de leur sécurité.
Comme souvent, l’essentiel du travail qu’on peut accomplir pour améliorer sa sécurité dans ce genre de manifestations devra se faire en amont.
En prenant un minimum de temps pour préparer son déplacement et en réfléchissant aux particularités de l’événement auquel on veut assister, on peut s’éviter pas mal de déconvenues et de mauvaises surprises.

L’autre élément crucial est ce que l’on appelle l’attention contextuelle, c-à-d le fait de garder un œil sur son environnement immédiat et de prêter attention aux petits détails.
Contrairement à ce que pense beaucoup, l’attention contextuelle n’est pas une forme aigue de paranoïa, mais simplement la manifestation d’une certaine conscience : être conscient de son environnement et de la place qu’on y occupe.
C’est l’attention contextuelle qui permet de se rendre compte d’un problème avant que celui-ci ne prenne une ampleur ingérable.

Le dernier facteur important qui influence votre sécurité est votre faculté à faire confiance à votre instinct.
Comme dirait un de mes amis « Quand ça sent la m***, c’est qu’elle n’est pas loin », autrement dit : il n’est pas nécessaire d’attendre la confirmation d’un problème avant d’y réagir.
Bien souvent, si votre attention contextuelle est mise sur « ON », vous aurez la sensation diffuse que quelque chose ne tourne pas rond sans pour autant pouvoir raccrocher cette sensation à quelque chose de concret.Le fait est que votre cerveau enregistre une foule de détails au niveau subconscient sans même que vous vous en rendiez compte.
En agissant de cette façon, il vous donne une longueur d’avance, n’hésitez pas à l’utiliser.


Voilà, j’espère que ces quelques réflexions sur la sécurité personnelle dans les grands événements vous auront fait prendre conscience des risques particuliers liés à ce genre de manifestations, et vous donneront des idées pour mettre au point votre propre stratégie.

Peace,

Rico.

C’est quoi cette « Académie du Couteau » ?

"C’est quoi cette académie du couteau ?"

"Vous vous battez avec des vrais couteaux ?"

"C’est vrai que pour se défendre, c’est bien d’utiliser un couteau ?"

"Vous prônez le port d’arme ?"

"Ah ouais, l’ACDS c’est les gens qui font du couteau…"


Voilà toute une série de questions ou d’affirmations sur notre activité qui méritent, selon mois quelques précisions…


Bon, vous me direz : « C’est quand même vous qui l’avez choisi votre nom! »
Sauf que le nom (complet) de notre association est « Académie du Couteau et de la Défense en Situation »… Ce qui vous l’avouerez n’est pas tout à fait la même chose.

En effet, la phase pratique de notre apprentissage est basée sur l’utilisation du couteau… Mais tout simplement parce que cette dynamique se transpose aussi bien au travail à main nue qu’à celui au bâton ou même aux armes improvisées.

Il faut néanmoins nuancer l’utilisation du couteau, qui est avant tout un outil même si il peut parfois devenir une arme… Il faut bien se rendre, à l’évidence, que nous utilisons tous un couteau au moins une fois par jour et souvent plus. En tout cas, c’est mon cas et je n’en ai encore jamais utilisé un pour me défendre ou blesser quelqu’un. Le législateur Belge l’a d’ailleurs bien compris. La nouvelle loi sur les armes précise clairement que tous les couteaux sont considérés comme des outils et sont donc libres de détention tout en étant soumis à un port "légitime". Les seules exceptions étant les balisongs plus connus sous l’appellation « couteaux papillons » et les couteaux à lame jaillissante, ou couteaux "automatiques", qui eux sont totalement interdits.

Bref, en ville, il peut être considéré comme normal de porter un petit pliant et/ou un outil multifonctions pour ouvrir des colis, couper des cordes, effectuer une petite réparation, éplucher un fruit, manger... A la campagne, que ce soit pour le camping, la randonnée ou la chasse, le port d’un couteau fixe peut se justifier par l’exécution de certaines tâches.

Maintenant, il est clair qu’on peut s’interroger sur la nécessité de porter une machette ou un grand couteau de cuisine pour se promener au centre ville !

Il faut aussi mettre l’accent sur le fait que notre association milite pour une reconnaissance de l’artisanat lié à la fabrication des couteaux et que nous comptons en notre sein nombre de couteliers professionnels (le plus connus étant sans doute Fred Perrin) ou amateurs. La réalisation d’un couteau fait d’ailleurs parties des formations que nous organisons, tout comme la survie en milieu naturel (lors de cours partagés avec David Manise www.davidmanise.com ) ou encore le travail avec armes à feu pour les instructeurs ou les professionnels de la sécurité via Neurone Défense Système ( www.nds-ch.org ). En effet notre vision de la protection personnelle se veut globale et intégrée et ne saurait se limiter à son volet urbain ou même aux agressions intra espèces (à quoi sert de savoir se défendre face à une menace au couteau mais être incapable de survivre à une nuit perdu dans la nature ou coincé dans sa voiture au bord d’une route enneigée !).

Mais revenons à la protection perso au sens plus étroit, l’analyse des réalités d’une agression ne fut-ce qu’au travers des articles de journaux nous démontre que la plupart du temps le ou les agresseurs sont armés (peu importe le type d’armes). Car, pour un délinquant, le port d’un objet d’un le but de faciliter une agression n’est pas basé sur des critères légaux (celui-ci se moquant bien des lois), mais uniquement sur la nécessité d’augmenter ses probabilités de succès lors de celle-ci.

Bref, loin de nous l’idée d’encourager nos élèves à se promener le couteau à la main afin de jouer les redresseurs de torts… La base de notre entraînement reste l’analyse pro-active de l’environnement et les stratégies d’évitement et de négociation, qui sont les seules payantes à coup sûr. En effet, on ne le répètera jamais assez, on ne peut jamais être certain des conséquences physiques, psychologiques et légales d’un affrontement. Donc les personnes fantasmant sur la possibilité de se battre en duel au couteau ou d’égorger leur(s) adversaire(s) risquent d'être bien déçues par nos cours…

Maintenant, se pose tout de même la question du travail des armes dans un cours de protection personnelle. En effet, trop de systèmes proposent des solutions face aux agressions à main armée qui s’avèrent risibles car basées sur une méconnaissance totale de l’utilisation d’une arme… Une personne qui utilise une arme ne bouge pas et ne se présente pas comme quelqu’un qui est simplement énervé et veut « faire le coup de poing ». Et le potentiel de dégâts d’une arme quelle qu’elle soit n’a rien en commun avec celui d’un coup porté avec les poings, les pieds ou tout autre arme naturelle.

Enseigner l’utilisation d’une arme, c’est d’abord enseigner la responsabilité de l’utilisateur et les dangers de celle-ci. En ce qui concerne le couteau on montrera ou on expliquera donc les lésions produites par un coup de couteau. Le couteau va vite, il coupe, pique frappe sans relâche, change vite de direction… Bref il présente bien des dangers !

Tout au plus au niveau des applications en self défense peut-on lui reprocher un faible pouvoir d’arrêt. Il faut bien avouer qu’en dehors de certains coupes au niveau d’articulations ou de tendons permettant des dégâts biomécaniques ou certaines piques au niveau du visage ou de la colonne les coups portés avec un couteau laissent encore à celui qui les subit le temps d’être secouru voir de continuer à se défendre. Ce qui peut expliquer d’ailleurs le nombre de personnes survivant à une agression à l’arme blanche même si les séquelles physiques et/ou psychologiques sont souvent horribles pour la victime.

Constatant cela, on se rend compte que le couteau est loin de répondre aux nécessités principales de la légitime défense qui sont de faire stopper l’agression le plus rapidement possible et avec un minimum de dégâts pour l’agresseur et nous-même. Notons tout de même qu’une fois de plus cette considération n’entre pas en ligne de compte pour les professionnels du crime, qui eux comptent d’avantage sur l’impact psychologique de la vue d’un couteau, voir à celle du sang pour ceux frappant sans prévenir, qui peut plonger bien des personnes dans un état de choc. Et c’est surtout cet élément qui fait la nécessité d’un entraînement avec un couteau afin de comprendre la psychologie et les stratégies d’un agresseur et de là améliorer ses capacités à s’en prémunir. Qui mieux que celui qui a appris à se servir d’un couteau peut offrir à ses partenaires d’entraînement une menace réelle qui permettra à ceux-ci d’établir des stratégies de défense réalistes ? En effet une fois passé l’apprentissage des bases, on se rend vite compte que c’est celui qui prend l’initiative qui mène la danse… Manger ou être mangé… Toujours tricher, toujours gagner !

Il en est de même pour le travail avec les armes improvisées ou les objets contondants mais c’est un vaste sujet et pour cela je vous renverrai à nos cours…

Pour conclure, je voudrais dire également qu’enseigner un système ne saurait se faire au travers de DVDs ou de livres (et ce même si j’en possède moi-même un grand nombre de qualités diverses). Tous ceux-ci doivent être considérés comme des supports d’un enseignement direct qui seul peut assurer une transmission efficace et un contrôle des compétences. Le but réel de l’instruction étant tout de même avant tout de rendre l’élève meilleur.


Bien à vous,


Rodolphe

Poker et Protection Perso : même combat ?

A moins d’avoir passé ces quelques dernières années au fond d’une grotte, il est difficile de ne pas avoir entendu parler du Poker et principalement de sa variante la plus populaire actuellement : le Texas Hold’Em en version « No-Limit » (sans limite maximale de mise) (1).

Ce jeu de carte, est actuellement un « sport » (même si je suis sur que beaucoup ne seront pas d’accord avec cette appellation) qui connaît un énorme engouement et ce dans toutes les classes de population.

Ce n’est pas tellement étonnant… car le Poker à énormément d’arguments pour plaire : tout le monde peut y jouer et y gagner quel que soit son âge, sa condition physique ou son niveau social, les règles de base sont simples à comprendre et il ne faut pas plus de 10 min d’explication pour être prêt à démarrer une partie.

De plus, le Poker, bien plus que pour n’importe quel autre jeu, bénéficie d’une image « romantique » et un brin sulfureuse qui fait rêver beaucoup de monde.
L’engouement de chaînes de télévision telles que NBC aux USA et Canal+ en France, qui ont commencé à diffuser de gros tournois, les commentaires de P. Bruel (ex-vainqueur d’un championnat du monde en ‘98), mais surtout la victoire de Chris Moneymaker aux World Series Of Poker de 2003 (un illustre inconnu qualifié via un site de jeu on line pour la somme de 39$, et qui remporte les championnats du monde pour un gain de 2,5 millions de $) ont réellement sonné le début de la « poker mania » dans le monde et particulièrement en Europe.

A titre personnel, et sans rentrer dans des considérations autour des risques liés à la dépendance au jeu (qui sont on ne peut plus réels), je trouve que c’est plutôt une bonne chose.

Le Poker est un jeu qui développe l’attention, le sens tactique et surtout les facultés d’analyse.
Mais au-delà de ça, le Poker est un jeu éminemment social et convivial qui permet, contrairement à d’autres loisirs à la mode comme les jeux vidéos, p.ex., de se retrouver entre amis autour d’une table et de passer ensemble un bon moment sans avoir à y consacrer des sommes folles…

Après avoir lu attentivement la comparaison, plutôt « osée », de James Keating entre la Corrida et le combat au couteau ( Tauromaquia Y Armas Blancas ), j’ai eu envie, moi aussi, de chercher les liens entre ces deux disciplines passionnantes que sont le Poker et la Protection Personnelle.


1 - Les meilleurs gagnent sans combattre.

C’est le premier parallèle qui m’a sauté aux yeux.
Dans les deux disciplines, c’est toujours le but que vous devriez poursuivre.

Quand vous arrivez par votre technique, votre langage corporel, vos actions et votre discours à ce que votre adversaire jette ses cartes, peu importe que vous ayez une poubelle ou un carré d’As et peu importe, surtout, ce que votre adversaire à main

Ce qui importe, c’est que vous avez remporté une victoire (et donc pris les jetons de votre adversaire) sans avoir à combattre et donc sans prendre de risque (sans risquer vos propres jetons).
Gagner une majorité de mains de cette façon est considéré comme l’apanage des grands joueurs.

De même, en Protection Perso, quand vous parvenez à désamorcer une situation à risque grâce à votre langage (verbal et non-verbal), votre attitude et votre placement, vous pouvez considérer que votre « victoire » est bien plus éclatante que si vous aviez dû prendre le dessus physiquement sur votre adversaire.


2 - Il n’y a que très peu de situations où on à intérêt à mener le combat.

Au Poker, on estime qu’à peine 20% des 169 mains de départ que vous pouvez recevoir ont une espérance de gain positive (2).
Autrement dit, vous recevrez moins d’une fois sur 5 un jeu de départ qui, statistiquement, peut vous rapporter plus qu’il ne vous coûtera.

Au niveau de la Protection Perso, le constat est le même… Il y a, en définitive, très peu de situations qui justifient réellement une action physique.
La plupart des situations qu'on aura pas pu éviter, pourront encore être gérée via le dialogue et la négociation , ce qui laisse finalement peu de places aux situations ou une intervention physique sera, réellement, nécessaire.


3 - La combativité paie

Imaginons la situation suivante : Le croupier vous distribue une paire de 10 servies, vous êtes 3° à parler et les deux joueurs avant vous se couchent.
Vous relancez d’un montant « standard » (généralement 4X la mise de base), et tous les joueurs après vous se couchent, sauf le dernier (un joueur agressif qui rentre pratiquement dans tous les coups depuis le début de la partie) qui vous sur-relance.

Evidemment, ce joueur peut détenir une main de départ meilleur que la votre (de la paire de valet à la paire d’As) mais le fait qu’il joue après vous (et qu’il est donc dans une position favorable) peut également l’inciter à vous sur-relancer avec un éventail de mains bien plus large, simplement pour vous « tester ».

Au Poker, une fois que vous avez décidé de rentrer dans un coup (et on a vu plus haut, qu’il y a peu de situations réellement profitables), il va souvent falloir faire preuve d’un minimum de combativité pour remporter la main.
Vous aurez rarement la meilleure combinaison possible (ce qu’on appelle au Poker le jeu « Max » ou le « Nuts ») et il y aura donc, dans l’immense majorité des cas, l’une ou l’autre combinaison possible qui pourrait vous battre.

Si vous vous contentez de vous coucher à chaque fois que quelqu’un vous (sur-)relance, votre carrière de joueur ne durera pas très longtemps.
Il est vrai que parfois, vous vous coucherez à raison, face à des mains qui vous auraient battues à plate couture, et que vous épargnerez de l’argent.
Mais, en jouant systématiquement de cette façon, la plupart du temps vous allez simplement « gaspiller » de bonnes occasions (et on a vu qu’elles ne sont pas si nombreuses).
De plus, vous faites le jeu des joueurs agressifs, qui, de plus en plus, vous (sur-) relanceront avec n’importe quoi en main, juste parce qu’ils savent qu’il y a de fortes chances pour que vous jetiez vos cartes.

Revenons à la Protection Perso, maintenant…

Si malgré tous vos efforts pour éviter la confrontation, vous vous retrouvez, malgré tout, au milieu de ce qui dégénère en un affrontement physique, il est trop tard pour regretter d’y être.
Et si vous vous effondrez en sanglot ou que vous restez figé sur place, il y a peu de chances pour que ça attendrisse votre agresseur et l’incite à faire preuve de mansuétude.

A ce moment là, au contraire, il va falloir réagir et surtout prendre le dessus physiquement sur votre adversaire, au moins une fraction de seconde afin de pouvoir s’enfuir.
Malheureusement, pour cela je ne connais pas de recette miracle qui marche à tous les coups… mais par contre, si cette recette existe, je suis certain que la combativité, le fait de ne pas s'avouer vaincu et de se défendre coute que coute, font partie des ingrédients de base.


4 - Le Bluff marche toujours… jusqu’au jour où ça ne marche plus.

Reprenons notre exemple de tout à l’heure… vous avez un paire de 10 servie, vous relancez et tout le monde se couche jusqu’au dernier joueur qui, lui vous sur-relance mais cette fois en ajoutant le mot magique : « Tapis ! » (3)

Théoriquement, cette sur-relance à tapis, où votre adversaire met donc en jeu tout l’argent qu’il a devant lui, ne peut signifier qu’une seule chose : votre adversaire détient une TRES grosse main ( paire d’As, de Rois, As-Roi ou, plus rarement, une paire de dames) et il veut miser un maximum sur une main où il pense être largement favori.
Vous réfléchissez un long moment en tentant de jauger votre adversaire, vous regardez une dernière fois vos 10 avec une pointe de regret, et vous jetez votre main à la défausse.

C’est frustrant, mais c’est, et de loin, la meilleure chose à faire (une belle illustration du point 2)…

Quelques tours plus loin, la même situation mais cette fois vous vous retrouvez avec la main mythique : la paire d’As (considérée comme la meilleure main de départ sur les quelques 169 possibles, vous la toucherez en moyenne une fois toutes les 200 donnes +/-).
Vous relancez d’un montant standard, tout le monde se couche et notre habituel joueur agressif vous fixe en souriant avant de pousser ses jetons devant lui d’un air triomphant (de son point de vue, voilà 3 fois que vous vous couchez facilement face à ses relances, il aurait tort de s’arrêter en si bon chemin).
Vous suivez immédiatement sa relance en retournant votre « American Airlines », son sourire se fige, il retourne une main quelconque et se fait éjecter de la table sans un rond.

Le bluff existe aussi en Protection Perso.

C’est ce que Geoff Thompson (4) appelle (et je trouve le terme particulièrement bien choisi) le « Balooning » ( comme la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf).
On a tous déjà vu des exemples caractéristiques de ce genre de comportement : un mec ultra agressif verbalement qui, par la seule force de son baratin ou de sa posture, se débrouille toujours pour sortir des embrouilles sans avoir à se battre… un type qui « joue au fou », en espérant faire hésiter ceux d’en face.

Le pire, c’est que ce genre de tactique peut s’avérer payante dans pas mal de cas, mais il suffit d’une seule fois, celle où on aura mal jaugé la situation ou encore le tempérament de son interlocuteur, pour s’exposer à de lourdes conséquences.


5 - « L’Awareness » toujours et encore…

A une table de Poker, un bon joueur est constamment à l’affût.
Tous les détails l’intéressent : les tics nerveux des autres joueurs, leur façon de jouer avec leur jetons, leurs regards, leur façon de miser, …
Un joueur pro ne laisse passer aucuns détails et, de plus, sait comment les interpréter et les utiliser à son avantage.

Toutes proportions gardées, le core business de la Protection Perso est exactement le même.
Ici aussi, l’attention portée à son environnement est la clé de voûte qui soutient tout le reste.
Bien avant de songer à s’extraire d’une situation pourrie, il faut s’entraîner à les détecter et à faire ce qu’il faut pour les éviter… c’est ce qui est utile dans 90% des cas.

L’entraînement physique au combat n’est réellement utile que dans les 10% restants.


6 - Patience, ruses et artifices…

Vous êtes finalement arrivé en finale du tournoi et vous jouez donc pour la victoire.
Vous touchez, encore, une paire de 10… Relance, votre adversaire suit instantanément, ce qui trahit une main « correcte ».
Le flop ( 4 ) tombe : 7 – 2 – 10… vous avez maintenant un jeu monstrueux… qu’allez vous faire ?

Pousser allègrement votre tapis au milieu de la table ?
Ou lui passer la parole en attendant qu’il mise ?

Si vous choisissez la première option, vous n’empocherez probablement que des clopinettes car il y a très peu de mains possibles avec lesquelles il aurait intérêt à suivre (ou sur-relancer) une grosse mise.

Par contre, si vous choisissez la deuxième, votre adversaire risque de tenir le même raisonnement : « Il n’a rien touché sur le flop et si je relance, il y a de bonnes chances pour qu’il se couche » et donc de miser, peut-être même gros, en espérant arracher la main.
Tout le jeu consiste ensuite à lui faire croire qu’on suit du bout des lèvres… dès que la quatrième carte tombe, vous misez et comme votre adversaire à déjà investi beaucoup d’argent dans cette main, et que la probabilité que vous bluffiez est élevée, il n’a pas d’autre choix que de suivre…

Cette technique ( le « slowplay ») est l’équivalent de la « garde passive » en Protection Perso…

Toute la notion de garde passive (qui ne se résume pas à lever les mains, en répétant comme un robot: « Je ne veux pas de problèmes ! » ) consiste garder une allure passive et soumise pour « endormir » son adversaire ou le conforter dans son sentiment de supériorité, avant, si nécessaire, d’attaquer au moment le plus opportun.


Voilà, j’espère que ces quelques parallèles entre ces deux disciplines, finalement pas si éloignées que ça, vous auront amusé et fait réfléchir.
Pensez-y, la prochaine fois que vous taperez le carton…


Et maintenant : SHUFFLE UP & DEAL

Peace,


Rico.




(1) Par facilité, dans la suite de l’article le terme générique « Poker » désigne plus précisément cette forme, à savoir le Texas Hold’Em en variante No-limit.

(2) L’ « espérance de gain » d’une main donnée est une notion théorique basée sur des milliers de simulations lancées sur ordinateur : en fait on choisit une main de départ fixe et on lance des milliers de « donnes » aléatoires, on compare ensuite les résultats obtenus, le nombre de donnes ou la main de départ gagnait et le nombre ou elle était battue. Cette méthode permet de calculer un pourcentage de victoire selon le nombre de joueurs adverses. Cependant cette méthode est uniquement basée sur des statistique et ne tient évidemment pas compte du facteur « humain » (bluff, façon de miser et montant des mises) qui influence terriblement l’issue d’une main.

(3) Tapis (ou "All-in") signifie que l'on mise tous les jetons dont on dispose encore, au risque de tout perdre

(4) Geoff Thompson : ex-portier londonien, précurseur de la self-défense « moderne » et auteur à succès.

(5) Les 3 premières cartes « communes » au Texas Hold'em Poker, retournées en même temps après le premier tour de mise.

“Tauromaquia Y Armas Blancas”

Nous avons déjà un peu parlé du « Master At Arms » James A. Keating (ICI), personnage haut en couleur si il en est, grand chercheur et « libre penseur » du combat rapproché et autorité mondiale en matière de combat au couteau.

Génie du combat pour les uns, illuminé radoteur pour les autres… « M.A.A.J.A.K. » est quelqu’un qui laisse rarement indifférent : ses prises de position, souvent à contre-courant de la tendance dominante et son approche assez « singulière » (pour ne pas dire complètement barge) en ont dérouté plus d’un…

Nous, à l’A.C.D.S. Belgique, on adore… autant le coté « bigger than life » du personnage que ses redoutables facultés d’analyse, sans parler de sa connaissance profonde et encyclopédique du couteau.

Et aussi, parce qu’on croit profondément que le génie s’accompagne souvent d’une bonne dose de folie.

Son site et plus particulièrement son cyberzine « M.A.A.J.A.K.’s world » font partie de mes favoris et, si ce n’est déjà fait, je vous en conseille ardemment la lecture.
Il y a toujours un truc ou l’autre qui me fait rire ou qui m’interpelle et pas forcément que sur des sujets reliés au combat ou à la self-défense.

L’article qui suit, et dont je reprends quelques passages, est à mon sens assez révélateur de la philosophie de Keating : un sujet qui peut porter à sourire mais une profondeur de réflexion et une analyse aussi acérée et inattendue que la pointe d’un Chinook qui vous transperce.


“Tauromaquia Y Armas Blancas” By Master At Arms James A. Keating.

“Over the last five years I've conducted an intense study of bullfighting & of the corrida in general. I was seeking that universal link between the bull fight and the knife fight.”

“Durant ces cinq dernières années, j’ai mené une étude approfondie sur la tauromachie et la corrida en général. Mon but étant de trouver le lien universel entre la tauromachie et le combat au couteau”


Vous admettrez que ça démarre fort, non?
Alors, un lien entre la tauromachie et le combat au couteau, vous y croyez vous?

James, lui, il y croit… et il a peut-être pas tort…


“The Corrida & The Knife

The connection to me is obvious. But others may not see any relativity what so ever. The setups, the distractions and the dynamic body mechanics mimic one another to an amazing extent. Look over the various pictures and notice the details of both man and beast.”

“La corrida & le couteau

Pour moi, la connexion est évidente. Et pourtant d’autres ne verront aucune relation entre les deux. La mise en place, les feintes et la biomécanique employée s’imitent l’une l’autre de façon incroyable. Regardez attentivement les photos qui suivent et faites attention aux détails, aussi bien chez l’homme que chez l’animal.”

“The Two Basic Actions of The Knifefighter

These skills are easily explained away as being "natural actions", and they are ! But they are hyper-tuned or almost super-natural actions.

The first is called hollowing out. (about like this Matador in the picture right) The second is known as leaning away. This can be likened to doing a modified limbo. Then add a dash of footwork (geometry) to spice up these two actions. Top it off with some highly articulated arm manuevers and you have a deadly ballet of battle at it's best ! Evade - don't block ! »

“Les deux actions de base du combat au couteau.

Ces deux attributs sont souvent qualifiés d’actions « naturelles », et c’est ce qu’elles sont, mais d’une façon hyper-travaillée qui font pratiquement d’elles des actions « surnaturelles ».
La première est le retrait du corps (comme le Matador sur la photo ci dessus). La seconde c’est le fait de plonger sur l’adversaire. Les deux peuvent être liées pour créer une sorte de limbo modifié. Ajoutez à cela une pincée de déplacement pour pimenter les deux actions. Recouvrez de quelques mouvements de bras, hautement synchronisés et vous obtenez une merveilleuse expression de la danse de la guerre !
Eviter - pas bloquer ! »

Et c’est là que le sourire de tout à l’heure s’efface et qu’on commence à entrevoir où le rusé Jim veut en venir…

Effectivement si on observe la photo, le parallèle est inattendu mais assez saisissant…

En faisant un tout petit effort d’imagination, on pourrait aisément remplacer les banderilles par une lame et le taureau par un autre combattant armé.



“The similarities are obvious even to an untrained eye. The knife fight is more often won by patience and observation than by brute force. “

« Les similarités sont évidentes même pour l’œil non entraîné. Le combat au couteau est plus souvent gagné grâce à la patience et l’observation que par la force brute »



“~ "De-animating" the Opposition" ~

(Making the Kill)”

“ ~“Désanimer” l’opposition ~
(La mise à mort)”


“Have a look at the photo above. Let's use this as an example of sorts. First let us examine the general positioning of the matador's body. He is voiding the center to escape being gored, yet to remain close enough to deliver a blow of his own. The same distance control and timing as in an encounter between two expert knife men. “

“Examinez la photo ci-dessus et utilisons là comme une sorte d’exemple. D’abord, examinons le positionnement général du corps du Matador. Il esquive le centre pour éviter de se faire encorner, tout en restant suffisamment près pour délivrer son propre coup. Le même contrôle de la distance et du timing que dans une confrontation entre deux combattants (au couteau) de haut niveau.”


Je pense qu’on peut même élargir cette réflexion au combat à mains nues, particulièrement face une attaque au couteau.

Toute la différence entre le fait de s’en sortir ou d’y rester tient à notre faculté à gérer la distance et le timing, être juste assez loin pour sortir de l’axe de l’attaque et juste assez près pour pouvoir contre attaquer de manière efficace.


« Cuts are worthless to the matador who seeks to kill swiftly. Cuts and the bleeding out of the adversary is done in the knife fight to weaken and demoralize the opponent. They lead to the kill. Then it becomes a game of thrusting techniques, which hopefully will finish the job - fight. The bandilleras and the horsemen weaken the bull in the case of the corrida. Thrusts kill, most cuts do not. Remember this simple fact. Estoque ! »

« Les coupes ne sont d’aucune utilité au Matador qui, lui, cherche à tuer rapidement. Dans le cadre du combat au couteau, les coupes et les saignements qui en découlent chez l’adversaire servent à l’affaiblir et à le démoraliser. Elles mènent vers la mise à mort. Ensuite ça devient une question de piques, qui, si tout va bien, vont terminer le boulot – combat. Les banderilles et les cavaliers (picadores) affaiblissent le taureau dans le cadre de la corrida. Les piques tuent, la plupart des coupes pas. Souvenez de ce simple fait. Estoc ! »

En réexaminant cela dans le cadre du travail à mains nues face à une attaque au couteau (ce qui sera quand même bien plus souvent le cas, du moins ici en Europe occidentale), qu’est-ce qu’on apprends ?

Que quelqu’un qui est un minimum aguerri au couteau ne fera pas l’erreur de vous attaquer franco sur une grosse pique, d’entrée de jeu, comme le ferait votre partenaire d’Arts Martiaux habituel.

Pourquoi ?

D’abord parce que ça vous donnerait une chance d’ « esquiver le centre pour éviter de se faire encorner, tout en restant suffisamment près pour délivrer son propre coup », comme notre Matador de tout à l’heure, chance d’autant plus sérieuse qu’à ce moment précis de la confrontation vous êtes (encore) physiquement au top de votre capacité.

Et ensuite, parce que le temps joue pour lui… lui il peut patiemment attendre et punir chacune de vos actions en vous infligeant de méchantes coupes.
Votre douleur, la panique, le manque de solution… et peut-être les saignements consécutifs aux coupes… tout ça fait son jeu, votre détermination vous quitte, la peur vous envahit et là il sait que le moment est venu pour lui de frapper.

Une bonne raison pour :

1) Eviter A TOUT PRIX une confrontation avec une personne armée (surtout d’une lame)

2) Si il est impossible de l’éviter : mettre un terme le plus rapidement possible et de la façon la plus expéditive possible à la confrontation.

Dans ce genre de situation, chaque seconde qui passe amoindrit vos chances survie.
Ca aussi, c’est un "simple fait" dont il est bon de se souvenir.

Et n’oubliez pas… « Nobody knows what Unca Jim knows »

Peace,

Rico.


La Protection Personnelle pour qui ? La Protection Personnelle pourquoi ?

Je pense qu’il est intéressant pour ceux qui pourraient découvrir ce blog via des chemins autres que ceux de la protection personnelle au sens large ou de la self défense au sens plus étroit de définir notre vision de notre activité.
En effet nous pouvons nous rendre compte au travers de rencontres ou de discussions que ce qui peut nous sembler naturel ou logique ne l’est pas pour tous.

Finalement qui devrait se sentir concerner par la protection perso ?
Loin de s’adresser à de jeunes mâles alpha, des professionnels de la sécurité ou à des membres de forces spéciales, celle-ci s’adresse à tout le monde. Les concepts d’entraînements proposés même si ils peuvent parfois être adaptés à un public cible dans la forme restent les mêmes dans le fond.

Quel est le point commun entre une personne âgée, une femme, un policier en service, un soldat déployé à l’étranger ou même toute autre catégorie de personne ?
Tous au cours de la journée espèrent ne pas subir d’agression, ne pas être blessés et pouvoir rentrer chez eux en toute sécurité. Donc on peut honnêtement dire que tout le monde peut bénéficier des conseils techniques et tactiques que nous proposons…

Pourquoi est-ce qu’un entraînement avec nous vous sera profitable ?
Nous vivons dans une société où en permanence on nous parle d’un sentiment d’insécurité… Sentiment pouvant devenir réel pour des personnes ayant réellement vécu une agression.
Il faut quand même honnêtement se rendre compte que l’humanité a tout de même connu des périodes plus troubles. Mais le besoin de sécurité reste fondamental pour l’Homme.
Notre enseignement vise à améliorer votre capacité non seulement à vous défendre mais surtout à analyser ce qui vous entoure avant que tout ne dégénère et ainsi à gérer de manière plus efficace les tracas du quotidien liés aux nécessaires interactions sociales.

Basé sur cela le panel technique doit donc rester simple et efficace plutôt que de chercher à donner un faux sentiment de supériorité au pratiquant en lui faisant travailler des applications impressionnantes mais irréalisables en situation. De plus, on peut dire que si les techniques sont simples et efficaces pour des personnes de faible constitution, elles le seront d’autant plus pour une personne de constitution plus robuste et/ou d’avantage entraînée.
Ensuite, il faudra également développer les capacités de l’élève à communiquer de manière claire et efficace. Savoir appréhender son environnement demande également de pouvoir interagir avec celui-ci car bien souvent les problèmes ne surgissent pas de nulle part.

En conclusion, loin de vous rendre paranoïaque, vous entraînez avec nous vous aidera à vous sentir mieux en toute circonstance… Qu’avez-vous à risquer à essayer ?


Bien à vous,

Rodolphe.

Ray Birdwhistell, le « happy slapping » et la protection perso.

A priori, que peuvent-ils bien avoir en commun ??

Et d’abord, qui est Ray Birdwhistell ?

Les plus érudits parmi vous (ou ceux qui ont fait des études qui ne servent à rien, comme moi) auront reconnu le nom d’un célèbre anthropologue et chercheur en communication américain (1).

Ce qui a fait la réputation de Birdwhistell, c’est l’analyse « kinésique » de la communication humaine, autrement dit, tout ce que nous exprimons via notre langage non-verbal.

Son « œuvre » la plus connue, et à laquelle il a consacré des années et des centaines de pages dans ses essais, est une séquence filmée, tirée d’une séance d’interview et dite « scène de la cigarette », elle dure très exactement… 6 secondes.

La scène montre une femme qui saisit une cigarette dans son sac et la porte à ses lèvres pendant qu’un homme assis en face d’elle prends son briquet, l’allume et l’approche de la cigarette.

Birdwhistell a analysé chaque geste, chaque regard, chaque mouvement, chaque respiration des deux protagonistes et a tenté d’en décrypter la signification.

Le principal but de cette analyse était de mettre en évidence l’existence de « kinèmes » du langage non-verbal par opposition aux « phonèmes » du langage verbal (2)

Cette manière d’analyser la communication non-verbale dans les rapports humains, a donné naissance à de nombreux autres concepts, toujours utilisés dans l’étude des théories de la communication et à inspiré toute une génération de chercheurs.

Voilà pour l’ami Ray…

Le « Happy Slapping », quant à lui, est une pratique consistant à filmer l’agression d’une personne pour ensuite diffuser l’enregistrement à des proches ou sur le net.

Cette pratique, venant à la base d’Angleterre avant de s’étendre, a connu son heure de gloire avec la démocratisation des GSM équipés de caméra, rendant plus aisée la prise de vue « sur le vif ».

Le « happy slapping » connaît de nombreuses formes dérivées, une des plus populaires étant de filmer des combats « rituels » entre adolescents en pleine poussée de testostérone.

Ok, me direz-vous, mais ou est le lien entre un anthropologue américain, une pratique barbare importée d’Angleterre et la protection personnelle ???


On y arrive tout doucement, rassurez-vous…

Des séquences comme celles là, où deux jeunes coqs se maltraitent allègrement, pullulent sur des sites comme Youtube ou Dailymotion.

La plupart du temps, on a droit aux sempiternelles engueulades et bousculades suivie de l’un ou l’autre échange de coups peu dangereux par des individus visiblement pas (ou peu, ou mal) entraînés.

Parfois, les individus ne sont plus très jeunes et ça peut même être très drôle, comme Gérard vous en fait la démonstration ici :


Mais parfois, il arrive qu’on tombe sur des documents autrement plus intéressants…
Et c’est là qu’on en arrive au sujet de la protection personnelle et au rapport entre Birdwhistell et le « happy slapping ».

Les travaux de Birwhistell ont mis en évidence le fait que nous communiquons autant, si pas plus, par notre langage non-verbal que par notre discours en tant que tel.

En étudiant les signes du langage non-verbal, il a également prouvé qu’au-delà du dialogue « parlé » et conscient, il y a un autre dialogue qui se met en place au niveau non-verbal et inconscient.

Ces fameuses vidéos de « happy slapping » permettent parfois d’observer le comportement et les tactiques d’agresseurs en action.
De plus, elles permettent, comme Birdwhistell l’a fait pour la scène de la cigarette, de se repasser la scène une infinité de fois, à des vitesses différentes, et par là même de disséquer et d’analyser chacune des interactions entre les différents protagonistes.

Passons maintenant aux travaux pratiques…


La vidéo qui suit est devenue célèbre sur de nombreux forums de discussion et blogs consacrés à la self-défense (3).

A première vue, rien de très spectaculaire…

Deux jeunes russes qui se chamaillent, un des deux frappe par surprise et allonge l’autre pour le compte.



Si maintenant on désire aller plus loin que ça, on ne peut malheureusement pas compter (à moins de parler le russe dans le texte) sur leur dialogue parlé pour comprendre l’histoire et essayer d’anticiper la suite des événements.
Mais quand, à la manière de Birdwhistell, on s’intéresse aux subtiles interactions qui se mettent en place entre les deux, à la manière dont celui en blouson noir piège celui en t-shirt vert, à la démarche hésitante et provocatrice à la fois de « t-shirt vert » quand il revient vers « blouson noir »…

On finit par se rendre compte qu’ils parlent tous les deux un langage universel et que l’issue est largement prévisible, bien avant que le coup ne parte.

En fait, cette vidéo est une véritable mine d’info sur le comportement d’un prédateur juste avant qu’il ne passe à l’attaque et c’est ça qui la rend éminemment intéressante.

Il y a une multitude d’indices subtils, trahissant l’imminence de l’attaque, qui peuvent être relevés…

C’est le fait d’apprendre à reconnaître ces indices qui fait tout l’intérêt de l’analyse de ce genre de vidéos, car justement les indices en question (qu’on nomme en anglais « pre-assault cues ») sont en grande partie inconscients et quasi universels… « Blouson noir » agit, à très peu de choses près, de la même manière que son homologue belge ou camerounais et les indices qu’il laisseront filtrer sont les mêmes.

Je ne vais pas aller plus loin dans une analyse qui serait forcément personnelle, je vous laisse le soin de faire votre propre analyse et de tirer vos propres conclusions.

Bonne réflexion,

Peace,

Rico.


(1) Ray Birdwhistell : http://fr.wikipedia.org/wiki/Ray_Birdwhistell

(2) Phonème : http://fr.wikipedia.org/wiki/Phon%C3%A8mes

(3) Quelques analyses brillantes de cette vidéo par les membres du forum de David Manise (http://www.davidmanise.com/forum/index.php/topic,8287.0.html ) et sur « Pas mal, pas normal », le blog de notre ami Djé (http://pasmalpasnormal.over-blog.com/article-19575183.html ), sur ce blog, je vous conseille également la lecture de cet article ( http://pasmalpasnormal.over-blog.com/article-20014732.html ) qui détaille parfaitement différentes vidéos d'agression et donne de bons conseils sur les "pre-assault cues".